De la culture Sasak
au culte de la nature à Lombok
 
 

 

Pour attirer l’œil et l’objectif des touristes, des panneaux signalent la présence des villages « traditionnels Sasak », comme ici celui de Sade et, quelques kilomètres un peu plus au nord,
celui, nouveau car datant de 2001, de Ende.

 

 

Lombok est résolument une île qui se mérite. Une grande île qu’il ne faut surtout pas amalgamer aux trois petites îles Gili… même si ces îlots touristiques appartiennent de fait à Lombok. En réalité, les sous et l’esprit de Bali dominent ce petit monde insulaire de la fête organisée et du farniente obligé. Lombok relève d’une réalité autrement plus exotique. Comparée à Bali, on perçoit de suite qu’on y trouve encore des espaces quasi vierges ! Et notamment des plages immaculées qui n’ont absolument rien à envier aux rivales balinaises, bondées ou blindées, parfois polluées et de plus en plus privatisées. Mais le constat est là : les touristes défilent massivement à Bali et boudent durablement Lombok.

 

 

Une nature plus « intacte » qu’à Bali ?

 

Lombok est une île nettement moins peuplée et bien plus intacte sur le plan de l’environnement que Bali, son orgueilleuse mais célébrissime rivale.

 

Terriblement concurrencée par sa voisine balinaise, sa terre est plus rude (moins convoitée ?), ses habitants ont opté pour un islam globalement orthodoxe délaissant peu à peu un islam aux relents animistes longtemps ancré dans la tradition locale, et, la pauvreté aidant, les principaux rouages de l’économie insulaire sont aux mains des Balinais sinon des Javanais ou des étrangers. Au fil du temps, l’amertume et la rancœur s’ajoutent ainsi à la fierté redoutable et à la foi inébranlable des habitants de Lombok. Mais ces raisons de la colère sont compréhensibles car l’histoire de l’île, à l’instar de son sol souvent ingrat, n’a pas été facile à vivre, à digérer, à supporter. Aujourd’hui, en fait depuis au moins deux décennies, l’histoire semble se répéter à propos du développement touristique : à sa voisine, plus sexy, médiatique et hindoue, les recettes et devises, et les restes s’il y en a reviennent aux habitants de Lombok. De là – et de quelques regrettables « faits divers » relatant régulièrement les déboires de trekkeurs occidentaux confrontés à l’ascension du Rinjani – provient sans doute aussi cette mauvaise réputation des habitants de l’île dès lors qu’ils viennent s’installer dans l’est balinais ou dans les bas-fonds de Denpasar ou de Kuta, en quête d’un travail illusoire ou d’un échappatoire à la misère.

 

C’est pourquoi aussi, il importe, avant de prendre un de ces récents speedboats ou d’embarquer sur le ferry reliant Padang Bai à Lembar (voire pour certains d’atterrir dans le tout nouveau – aussi vide que gigantesque – aéroport international de Lombok, situé en plein centre de l’île, près de la ville-carrefour de Praya), et de se rendre à Lombok,  d’évacuer toutes sortes de préjugés, véhiculés ici ou là à Bali ou ailleurs en Indonésie, à tort ou à raison d’ailleurs, pour pleinement profiter de l’hospitalité des autochtones… souvent bien plus chaleureuse qu’à Bali. En dépit des ragots et autres rumeurs allant bon train, et avec ou sans soupçon d’islamophobie à la mode en sus ! Mauvaise réputation ou pas, une fois quitté les lieux d’entrée et de passage encombrants (ports, aéroports, et aussi un peu le coin de Senggigi !), l’accueil des habitants – mais c’est vrai qu’il est important de parler au moins des bribes d’indonésien – est rapidement fort sympathique. Il demeure que Lombok se mérite aussi, la patience est de mise, car les transports publics ne sont guère mieux pourvus qu’à Bali et les distances à parcourir parfois assez longues. Mais, au nom de l’aventure humaine, quelques efforts ainsi consentis aboutissent généralement à de belles récompenses et rencontres.


 

Carte de Lombok, où l’on voit l’importance que revêt le parc national du mont Rinjani, et la plage à Gili Air.

 

 

Intégrée à la province des « petites îles de la Sonde occidentales » , Lombok a été, suite à un récent réaménagement territorial, divisée en cinq zones : quatre kabupaten (ou districts) – ouest, centre, est, nord (à noter que le centre réunit également le sud, et que le nord comprend aussi les trois îles touristiques de Gili)  – et une kota (ou communauté urbaine), avec Mataram, capitale de l’île. Le sud est plus sec et plus pauvre que le nord, l’eau manque souvent dans la zone de Kuta. L’influence balinaise est plus manifeste à l’ouest qu’à l’est. Les cultures du riz et du tabac dominent le secteur agricole et, si la terre est plus aride qu’à Bali, les versants du volcan Rinjani – du haut de ses 3726 mètres – abondent de terres fertiles propices à la culture du café sans oublier celle des fameux piments (lombok, en indonésien). Volcan actif, le Rinjani a connu sa dernière éruption en 1994 ; sa vaste caldeira est partiellement remplie par le lac Segara duquel émerge le cratère plus récent du Baru. On atteint le sommet du volcan à l’issue d’un trek – de 3 à 5 jours en général – relativement difficile mais très populaire auprès des touristes et des backpackers occidentaux. Depuis 1997, la zone du Rinjani intègre un parc national indonésien, une opération patrimoniale et touristique qui a permis, notamment, de rendre la gestion du site un peu moins aléatoire et mieux organisée…

 

Par ailleurs, si la mer est omniprésente, au quotidien comme dans la culture, c’est d’abord la pêche qui occupe les autochtones, tandis que les touristes se gargarisent à satiété de plongée et de surf, dont Lombok offre de très beaux sites et spots pour les adeptes. Pour les naturalistes (à ne pas confondre avec les naturistes qui ne verront pas en Lombok une terre d’accueil ou de séjour), l’île de Lombok se trouve à la croisée des chemins : en effet, elle se situe à l’est de la fameuse ligne de Wallace, ou du moins « tracée » symboliquement par lui. En passant de Bali à Lombok, on ne change pas seulement d’île mais de monde : les grands mammifères sont remplacés des bestioles bien plus modestes, comme les lézards ou les marsupiaux, sans oublier les oiseaux du paradis ou même d’ailleurs tels que les perroquets ou cacatoès qu’on commence à voir à Lombok, et ensuite bien mieux encore en dérivant vers l’est, à Papua notamment.

 

 

Rizières et retour des champs, à Tetebatu, sur les pentes fertiles situées au sud du mont Rinjani.

La baie de Kuta et sa plage… et même un restaurant spécialement pour les Occidentaux… à Lombok.

A Lombok, comme à Bali, la nature c’est d’abord et avant tout l’eau. A gauche, cascade Jeruk Manis, près de Tetebatu, sur le versant sud du volcan Rinjani ; à droite, la mer dans le coin de Mangsit.

 

 

Il y a Kuta et Kuta, et à Bali ou à Lombok, le terme ne recouvre pas la même réalité, même si dans les deux lieux on peut trouver des plages et des touristes… A Lombok, Kuta constitue aussi une base arrière pour les surfeurs internationaux, les plus beaux spots se trouvant à l’est et à l’ouest de la petite cité « balnéaire ». Les guillemets s’imposent puisque la plage de Kuta n’est pas propice à la baignade, et qu’il faut, pour se tremper le corps dans l’eau plus ou moins translucide, se rendre entre 5 et 10 kilomètres vers l’est, à Tanjung Aan, ou vers l’ouest, à Pantai Mawun, pour dénicher, lovées dans des sites naturels remarquables, deux des plus belles plages de l’île, sinon d’Indonésie, notamment parce qu’elles sont (encore) désertiques. Rien à voir donc avec la plage bondée de Kuta à Bali ! Comparer les deux Kuta reviendrait à peu près à vouloir comparer la plage de La Baule avec une petite crique paradisiaque et sablonneuse en Corse…

 

 

A gauche, la plage de Aan, à droite celle de Mawun, les deux tout près de Kuta, au sud de Lombok.

 

 

Une culture sasak en péril ?

 

Malgré des flux migratoires internes à l’Indonésie, anciens et toujours importants, attestant d’une forte présence de Balinais principalement, mais aussi de Javanais et de Chinois, autour de 80% de la population de l’île appartiennent toujours au groupe ethnique sasak, dont la langue indigène appartient au groupe « bali-sasak » qui relève de la branche malayo-polynésienne des langues austronésiennes. Les coutumes relevant de la foi wetu telu – qui signifie « trois temps » de prière – perdurent plutôt mal que bien. Evidemment, le fait de « seulement » prier trois fois par jour (au lieu des cinq fois comme cela est rigoureusement prescrit par  l’islam orthodoxe) est mal perçu et même combattu par les tenants de l’islam officiel. Qui accusent sans voir ni savoir. Puisqu’il semble, d’après plusieurs recherches – dont celles de l’anthropologue suédois Sven Cederroth – que les wetu telu ne prient quotidiennement pas trois fois mais bien cinq fois comme les autres musulmans, en dépit de ce que disent ou écrivent les uns et les autres en fonction de ce qui les arrangent.  Syncrétisme mêlant une bonne dose d’islam, un brin d’hindouisme et un zeste de bouddhisme et d’animisme, le wetu telu représente certes un modèle de tolérance religieuse mais n’est plus à la mode dans l’Indonésie contemporaine. Pas vraiment davantage qu’il ne le fut sous la dictature de Suharto.

 

Ainsi, coexistent de nos jours, parmi les Sasak, deux groupes principaux et distincts : les wetu lima et les wetu telu. Le premier groupe est composé de musulmans orthodoxes et par conséquent sunnites tandis que le second groupe comprend des musulmans « divers » et modérés qui combinent dans leur pratique des éléments islamiques avec d’autres apports, la plupart en fait pré-musulmans, se référant à des éléments tant hindouistes, bouddhistes qu’animistes. Si les wetu lima suivent strictement les cinq prières quotidiennes, pour certains observateurs les adeptes de wetu telu en réduisent le nombre à trois alors que pour d’autres, peut-être plus avertis, ils pratiquent aussi les cinq prières… Plus sereinement sinon sérieusement, ces derniers reconnaissent uniquement trois éléments (terre, ciel, eau) ainsi que trois types distincts de cérémonies : 1) les rites de passage fondamentaux – la naissance, le mariage et la mort – ; 2) les fêtes musulmanes ; 3) les rites saisonniers associés à l’agriculture et à la nature.

 

Les deux groupes suivent également le ramadan et, désormais à nouveau, les fidèles wetu telu se font discrets, soucieux de ne pas attirer les foudres des orthodoxes, de plus en plus présents et puissants dans l’ensemble de l’archipel indonésien. Les Sasak actuels – un peu plus de deux millions – sont officiellement des musulmans dits orthodoxes même si les influences wetu telu (en particulier dans la région nordiste autour de Bayan) demeurent parfois fortes, dans tel village ou dans telle famille ou clan. Traditionnellement, la vie quotidienne est rythmée par les champs puisque l’agriculture – riz, tabac, etc. – domine toujours le monde rural à Lombok.

 

Les couples mariés vivent sous le même toit mis ne partagent pas la même couche. Pas souvent en tout cas. Dormir ensemble dans un même lit, c’est-à-dire le plus souvent sur une natte de bambou tressée, signifie œuvrer plus ou moins savamment à la reproduction de l’espèce humaine ! Une fois l’acte de procréation – et donc de fornication saisonnière – réalisé et réussi (l’épouse étant enceinte), chacun retrouve son « lit » ou son « matelas », et avec lui le cours normal d’une vie  paisible sans faste ni frasques… Parfois, l’homme dort « dehors » tandis que la femme et l’enfant restent « dedans ». Tout est une question de symbole. Un certain mode de vie « de cour », à tendance aristocratique, a été conservé dans les villages sasak du nord de l’île ; c’est également dans ces familles que le système de castes traditionnel est resté plus ou moins vivant, comme l’atteste la permanence des mariages entre gens de hautes castes. On trouve ainsi, dans les appellations courantes, les noms de Datu ou Denek bini, respectivement pour les hommes et les femmes, pour désigner les Sasak issus des castes nobles. Et, dans certains clans fidèles à l’ordre ancien, les mariages avec des roturiers restent exceptionnels.

 

 

Dans la région rurale de Kotaraja, au centre de l’île, une école toute rose dans un environnement tout vert, et un « cidomo » ou « dokar », moyen de locomotion traditionnel et courant, partout à Lombok.

 

 

Quoiqu’en sursis, du fait surtout de l’évolution de l’islam dans l’île, la culture sasak tente se survivre en se focalisant sur les coutumes et certains rites, comme celui dit de « kawin lari » ou l’enlèvement de la bien-aimée… Sans être une originalité typiquement sasak, le fait de « se marier en courant » (littéralement le sens de kawin lari) demeure relativement fréquent à Lombok. C’est surtout un moyen de convoler en justes noces à moindre prix, ce qui constitue un aspect prmordial dans une région réputée comme étant l’une des plus pauvres de l’archipel. Soulignons toutefois que ce kidnapping est en général organisé et librement consenti par les deux parties en jeu. C’est justement un sacré jeu auquel cet enlèvement consent car les prétendants mâles doivent rivaliser de stratégie, de talent et de séduction pour conquérir leur dulcinée. Ainsi, obtenir un rendez-vous (midang) en bonne et due forme avec sa belle signifie que la partie est quasiment gagnée… Les parents, grands oubliés de cette affaire de cœur, ne savent encore rien de l’idylle en cours mais la fille qui décide de se laisser « enlever » par untel (et non par un autre) sait parfaitement où elle va, et jusqu’à où elle est prête à aller… Comme un peu partout, l’homme entreprend tandis que la femme in fine décide. L’un propose, l’autre dispose. A moins que cela ne soit le contraire.

 

Si les derniers rites peu à peu tendent à disparaître, les festivals sasak survivent tout en s’adaptant au contexte présent. En février ou mars, plus précisément le 19ème jour du 10ème mois du calendrier sasak, les autochtones investissent la plage de Kuta et, la nuit tombée, feux de camps et rimes de poésie occupent les Sasak ainsi réunis en cette veillée festive pour tenter d’attirer les fameux vers marins (« nyale ») qui annonceront une bonne récolte pour l’année à venir. Le lendemain, on « pêche » nombre de ces vers marins, célestes et divins, dans une ambiance joviale. Plus on « capte » un grand nombre de nyale et meilleures seront la récolte et l’année qui s’annoncent. Les adolescents sont tout particulièrement conviés à ces festivités, car une bonne fertilité de la terre est toujours reliée à une bonne fécondité sur le plan humain ! Alors, on joue, on rit, on décore les barques, on partage les repas, on échanges des bons mots et on chante les tubes à la mode ! Sans oublier de déguster, crus ou grillés, les fameux vers marins, supposés détenir de prometteuses mais mystérieuses vertus aphrodisiaques.

 

Chaque année en août, d’étranges combats (en fait des « compétitions » aujourd’hui bien organisées à l’intention des locaux) opposent des jeunes gens de diverses parties de Lombok. L’affrontement rituel à coup de bâtons se nomme Peresean. Ces « guerriers sasak », accoutrés pour l’occasion, se battent torse nu, un bouclier en peau de bœuf dans une main et un bâton en rotin dans l’autre, offrant au public déchaîné un florilège de virilité et de violence en direct… C’est un peu la version sasak de la « bataille aux cactus » à Tenganan, un village Aga dans l’est de Bali, et plus encore du « caci », un impressionnant combat au fouet où les Manggarai, à Florès, prouvent ainsi leur habilité aux yeux de la communauté. Signalons que tous ces combats, pour lesquels verser du sang relève de la norme et du but, s’inscrivent tous dans des rituels locaux précis. Ce n’est pas seulement se battre pour le plaisir de se taper dessus ou de faire du mal ! A côté du plutôt sanglant Peresean, d’autres cérémonies ou festivals – souvent promus par le gouvernement comme pour se donner bonne conscience de n’avoir pas totalement contribué à l’anéantissement de la culture sasak fondamentalement ancrée dans des croyances animistes – existent ou survivent dans l’île. En voici notamment deux : 1) à l’ouest de Lombok, Lebaran Topat se déroule dans la semaine qui suit la fin du ramadan (Idul Fitri), et consiste à se rendre en famille dans les cimetières afin de verser de l’eau bénite sur les tombes des ancêtres et d’y déposer des offrandes de fleurs et de bétel ; 2) Gendang Beleq, ce qui signifie « grand tambour », est une ancienne cérémonie qui autrefois s’officiait à la vieille d’une bataille. Aujourd’hui, cet épisode est remis au goût du jour avec la performance des groupes de « batteurs de tambours » qui, lourdement munis de leurs immenses tambours (gendang), dépassant parfois un mètre de longueur, rivalisent de prouesses et de sons à l’occasion de festivals, notamment dans les villages du centre de l’île.

 

Symbole de l’identité sasak, et même de Lombok tout court, le lumbung – ou grenier à riz sur pilotis – est omniprésent dans l’île. Il est souvent utilisé à des fins touristiques, comme décoration par exemple à l’entrée des villages de Ende ou de Sade dans le sud. Ces greniers à riz traditionnels, tout en rondeur, sont devenus célèbres au fil du temps. Aujourd’hui, ils ne stockent plus seulement du riz mais également des touristes en quête d’authenticité accommodée, puisque nombre de cottages ou bungalows ont pris la jolie forme de ces lumbung. Pour le plaisir de tous, étrangers de passage ou Sasak de la région. Des vacances ou des affaires.

 

 

Le village « traditionnel » de Sade, au sud de l’île, entre Sengkol et Kuta. Ici en 1997. Sa mise en folklore date du début des années 1990… mais elle atteint une plus grande proportion en 2012 !

 

 

Ende, Rembitan ou Sade sont des villages traditionnels, très officiels et trop visités, avec toute la panoplie d’effets commerciaux que cela implique. Le village de Rembitan, par exemple, comprend environ 150 maisons et familles, les habitants subsistant essentiellement du tourisme, du tissage et de l’agriculture qui, désormais, arrive en troisième position en ce qui concerne l’activité économique. Lors de mon précédent passage à Rembitan, en 1997, l’électricité n’était pas encore parvenue jusqu’au village, ce qui est maintenant le cas depuis déjà une douzaine d’années. Des lumbung (greniers traditionnels joliment incurvés) et des bale tani (maisons typiques réalisées à l’aide de bambous et en pisé). Ici, en se promenant dans les allées du hameau, comme dans les autres villages locaux, terre cuite et terre battue restent omniprésents, même si la modernité – surtout à Sade – est en train de prendre le dessus comme il faudra bien s’y attendre. A Rembitan, construite en bois et toiturée de chaume, la vieille mosquée (masjid kuno) – tout comme celle de Sengkol, un village voisin réputé pour son dynamique marché – est le « must » de ce hameau sasak, également parce qu’elle réalise, en réalité ou en songe, la symbiose entre islam orthodoxe, wetu telu et coutumes locales. Elle fait d’ailleurs l’objet d’un pèlerinage local mais incontournable pour une majorité de musulmans de Lombok.

 

Incontestablement, le hameau de Sade – impossible à rater en bordure de la route rejoignant Kuta au sud – est « la » vitrine sasak la plus connue et la plus montrée (sinon vendue) aux touristes. Les maisons typiques des villageois ressemblent typiquement à des boutiques de souvenirs. Mais l’invention de la tradition (en réelle perdition) va plus loin : à peine plus loin vers le nord, mais de l’autre côté de la route, Ende est le nom d’un nouveau village « traditionnel ». Il a été créé en 2001 par les habitants du village de Tansang Angsang, éloigné de la route principale, et dont la population a sans doute été un peu envieuse du succès touristique, pourtant discutable, de Sade et de Rembitan, les bleds voisins mais souvent visités. Comme l’indique le panneau peint et coloré, « welcome to sasak village » (voir la photo dans cet article), à l’entrée du village de Ende spécialement créé de toutes pièces, à des fins vraisemblablement plus commerciales que patrimoniales, la marchandisation culturelle est en marche. Une marche qui risque fort de s’avérer funeste sinon funèbre, étant donné que nombre de touristes boudent ces visites considérées comme des attrapes nigauds. A tort ou à raison.

 

Une possible renaissance de la culture sasak ne peut décemment emprunter le chemin du consumérisme touristique. Pour l’heure, on constate que la menace de folklorisation de Sade et des villages voisins ne s’est pas tarie ces dernières années, au contraire. Même si cette politique touristique, soutenue par des autorités elles-mêmes investies dans le business ou soucieuses de promouvoir un folklore sasak contrôlable, n’a guère apporté plus de recettes ou de bonheur aux autochtones…

 

 

 

Franck Michel

 

 

 

Sade en 2012 : le « village-musée » a été fortement reconstruit, chaque maison est quasiment devenue une boutique… En quinze ans, la touristification du lieu s’est accrue mais rien dans le fond n’a vraiment changé.


 

 

 
 

 

 


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