Vous l’avez sans doute remarqué si vous avez déjà voyagé à Bali en été… ? Chaque année, à la saison des vents entre les mois de juillet et d’août, le ciel se voile de nombreux cerfs volants aux formes et aux couleurs parfois typiques… parfois surprenantes ! Et si cette activité ludique ne semble pas dépasser le passe-temps estival à nos yeux d’occidentaux, elle est un réel lien social à travers les villages balinais…
Ici, les cerfs-volants ne sont pas seulement là pour occuper les enfants pendant les vacances. Derrière chacun d'eux, il y a souvent tout un travail de préparation, une équipe, un village et parfois plusieurs mois de construction et d'entraînement. Certains ont la forme d'un poisson, d'autres sont suivis d'une immense queue d’une centaine de mètres… Mais surtout, ils occupent une réelle place dans la culture balinaise.
Les cerfs volants, une histoire de village
En fait, les cerfs volants sont avant tout une activité collective ici à Bali : de la fabrication jusqu’au vol ! De nombreux villages et banjar (quartiers balinais) ont leurs propres équipes, qui se retrouvent pendant des semaines pour imaginer, construire et tester leurs créations. Pour les plus grands modèles, il faut parfois être plusieurs dizaines pour préparer le cerf volant, le transporter et le faire décoller.
C'est aussi ce qui rend cette tradition particulièrement intéressante à observer. Derrière un immense cerf volant qui semble simplement flotter dans le ciel, c’est tout un groupe, soudé, qui a travaillé main dans la main à sa conception. Le choix de la forme, les dimensions, la structure en bambou, le tissu, l'équilibre ou encore la manière dont le cerf volant va réagir au vent sont étudiés et ajustés au fil des essais. D’ailleurs, cet esprit d’équipe se ressent particulièrement lors des compétitions.
A l’image des défilés d’Ogoh Ogohs la veille de Nyepi, chaque équipe représente, d'une certaine manière, son village ou son banjar. Il y a évidemment l'envie de gagner, mais aussi beaucoup de fierté à voir sa création prendre son envol… et surtout une effervescence dans ce moment de partage en communauté !
Les trois grandes familles de cerfs volants à Bali
Vous croiserez probablement aux quatre coins de l’île de nombreux cerfs volants originaux et particulièrement artistiques aux formes et aux couleurs variées. Cependant, vous pourrez reconnaître 3 grandes familles de cerfs volants balinais typiques :
Le Bebean, inspiré du poisson
C'est probablement l'un des plus faciles à reconnaître. Sa forme s'inspire d'un poisson et certains éléments de sa structure peuvent bouger avec le vent, rappelant le mouvement des nageoires ou de la queue dans l'eau. Ainsi, il n'est donc pas totalement immobile en vol, comme de nombreux autres modèles. Selon sa conception et les conditions de vent, il peut avoir un mouvement particulier dans le ciel, presque comme s'il nageait.
Certains modèles sont également équipés d'un dispositif permettant de produire un son spécifique grâce au vent. D’ailleurs, cette dimension sonore entre également en jeu lors des compétitions, notamment sur les plages de Sanur au mois de juillet chaque année.
Le Janggan, et son immense traine
Impossible de ne pas le remarquer, c’est probablement le plus spectaculaire de tous ! Sa tête sculptée prolongée par une très longue queue en tissu, qui peut s'étendre sur une centaine de mètres, rappelle directement le naga (dragon-serpent protecteur de l’équilibre du monde dans l’hindouisme balinais). Selon les traditions et les équipes, certains Janggan peuvent d’ailleurs faire l'objet de bénédictions et d'offrandes avant leur utilisation.
Le Pecukan, simple en apparence mais à l’équilibre délicat
Avec sa forme ovale et allongée, terminée par une pointe de part et d’autre, le Pecukan semble peut-être plus simple à première vue. Et pourtant, c'est justement l'un des modèles qui demande beaucoup de précision !
Ses proportions et son équilibre doivent être soigneusement travaillés pour qu'il puisse voler correctement. Les équipes passent donc beaucoup de temps à tester leur création et à effectuer de petits ajustements, jusqu’à trouver l’équilibre parfait … Même une infime modification dans la structure ou les proportions peut complètement changer son comportement dans le vent, et par conséquent, la qualité de son vol qui sera jugé lors des compétitions.
Comme quoi, les oeuvres les plus travaillées ne sont pas toujours les plus impressionnantes esthétiquement…
Festival et compétition de cerfs volants
Dés que les vents se lèvent en milieu de saison sèche, les cerfs volants s’élèvent dans le ciel. Mais la période la plus propice pour observer ces nombreux géants voler en groupe lors de compétitions et festivals de plusieurs jours se trouve en été, entre les mois de juillet et d’août. La région de Sanur est notamment l'un des endroits les plus connus pour assister à ces événements. Des compétitions peuvent être organisées sur les grandes plages et terrains ouverts autour de Padang Galak ou de Mertasari, avec des équipes venues des différents villages de Bali. Les dates exactes varient chaque année et sont communiquées seulement quelques semaines avant le jour J. Mais si vous séjournez dans le coin au moment de l’évènement, nous vous conseillons vivement d’y faire un tour.
Le principe de la compétition n'est pas simplement de construire le cerf volant le plus grand ou le plus coloré. En fonction des catégories et des compétitions, les juges tiennent comptent de plusieurs éléments : la qualité de la construction, les proportions, l'esthétique, mais aussi la manière dont le cerf volant se comporte une fois dans les airs et même parfois le bruit qu’il émet.
Pour les voyageurs, ces événements sont une belle occasion de découvrir une ambiance unique et de prendre part aux festivités rythmant le quotidien des balinais. Les équipes arrivent avec leurs cerfs volants, parfois immenses, et tout le monde participe au décollage, aux ajustements et aux différentes étapes de la compétition. En émane une réelle effervescence dans laquelle Balinais et voyageurs sont mélangés !
Un trait d’union entre jeu et hindouisme balinais
Mais les cerfs volants n’ont pas uniquement une place ludique dans la vie des Balinais. D’ailleurs, historiquement, les cerfs volants étaient liés au monde agricole et au cycle des saisons. Dans les rizières, certains d’entre eux étaient notamment utilisés pour effrayer les oiseaux et protéger les cultures avant la récolte.
Au-delà de ça, ils sont également associés à certaines croyances et traditions balinaises bien précises. Dans certaines interprétations, ils peuvent être liés à Rare Angon, une figure associée à Shiva et à la protection des récoltes.
Dans une culture où le monde visible et le monde invisible sont étroitement liés, le cerf volant est également un symbole de l’équilibre entre ces 2 mondes, si important dans les croyances locales. Ainsi, derrière ces immenses silhouettes qui dansent dans le ciel se mêlent plusieurs dimensions de la culture balinaise : le jeu, bien sûr, mais aussi le rapport à la nature, au monde agricole, aux croyances et à la vie communautaire. C’est probablement ce qui rend les cerfs volants balinais si particuliers : ils appartiennent à la fois au quotidien et à un univers symbolique beaucoup plus ancestral.
Pour un voyageur qui découvre Bali, les cerfs-volants peuvent d'abord sembler être un simple détail du paysage ou un passe-temps comme un autre. Mais petit à petit, vous commencerez à distinguer les différences et les nuances de cet art si précieux aux indonésiens.
Si vous prévoyez un voyage à Bali pendant la saison sèche, entre juin et août notamment, n’oubliez pas de garder un oeil sur ce qu’il se passe là haut : les scènes de la vie quotidienne peuvent parfois se cacher dans le ciel !