| |
|
 |
 |
|
Enfants
de Saparua… et un palmier aux couleurs des Pays-Bas
à Seram, le tout dans les Moluques. |
Il est incontestablement un sport européen, également
« colonial », qui dans l’Histoire aura connu un destin
exceptionnel : le football… A l’exception notable de
l’Amérique du Nord, partout ce jeu collectif d’affrontement
se répand en étalant sa philosophie simpliste mais
apparemment efficace : « gagner impérativement et pour
cela toujours être le meilleur ». L’objectif est clair
et précis, il s’agit de courir après un ballon et de battre
l’adversaire en lui marquant le plus de buts possible. Un
jeu au demeurant très agréable ce qui ne fait qu’augmenter
son engouement. C’est simple donc mais pas toujours très
sportif, il suffit de voir les conflits, bastons et
bastonnades, qui parfois accompagnent certaines tribunes ou
pimentent certains matches. Si par conséquent le jeu peut
s’avérer plaisant il n’est pas nécessairement du meilleur
goût pour tous. Surtout lorsqu’au jeu se mêlent politique et
religion.
A certains moments aussi, le football permet une rencontre
entre des cultures que tout paraît opposer : le ballon rond
se fera l’arbitre de l’échange culturel en gestation. Apparu
en Angleterre à la fin du XIXe siècle, sa pratique et son
engouement se propagent dans toute l’Europe, en passant bien
entendu par les Pays-Bas, avant qu’ils ne s’exportent bien
au-delà, du lointain Brésil jusqu’aux exotiques Moluques… De
ce point de vue, les chrétiens des Moluques – ce n’est pas
forcément la même chose chez certains musulmans de
l’archipel – ne paraissent en rien rancuniers de cette
ancienne présence coloniale hollandaise, comme peut en
attester, par exemple, l’attrait jamais démenti pour le
football hollandais : l’Ajax Amsterdam a ici ses fans et la
couleur orange du maillot du pays est porté sur de nombreux
bustes de jeunes et de moins jeunes…
|
 |
 |
| |
Dans le pittoresque village chrétien de Booi, au sud
de l’île de Saparua, c’est le Portugais Ronaldo qui
est la star. Avec son fameux signe de croix dès
qu’il marque un but, ce qui lui arrive assez
souvent, il galvanise les Moluquois de confession
chrétienne… A droite, au café Sibu-Sibu à Ambon, un
poster de l’équipe locale trône au-dessus des
souvenirs destinés aux rares touristes de passage.
On trouve également des affiches de l’équipe de
Hollande avec quelques célèbres joueurs et bien sur
les sélectionnés originaires des Moluques qui font
la fierté des Moluquois. Et même de tous les
Moluquois, toutes tendances religieuses confondues.
Comme quoi le foot parvient, parfois, à rassembler
plutôt qu’à diviser. C’est déjà ça de pris, mais
tout dépend toujours du contexte… |
|
En Indonésie orientale notamment, les joueurs de l’équipe
nationale hollandaise sont célèbres. Surtout qu’à certains
moments de leur histoire récente, des Moluquois devenus
citoyens néerlandais ont pu jouer sous le maillot de
l’équipe de Hollande. Une fierté sans commune mesure pour
ces Moluquois pro-Hollandais et néanmoins déçus d’avoir été
« abandonnés » dans les années cinquante par ces mêmes
Hollandais. Mais les membres de leurs familles, et le nombre
importants d’étudiants « indonésiens » provenant des
Moluques, définitivement ou temporairement émigrés aux
Pays-Bas, poursuivent symboliquement la lutte, sportive
avant tout, et perpétuent en tout cas une image
« idyllique » d’une Hollande prospère et amie pour toujours.
Et bien sûr championne du monde de football pour les
Moluquois. Mais pour eux uniquement.
Cette subite fièvre orange est aussi le résultat d’une lente
et durable passion pour le football en Indonésie. En
important cette pratique sportive, les colonisateurs
hollandais avaient jadis fort bien préparé le terrain. La
maturation ne fut pourtant pas d’emblée manifeste : au début
du XXe siècle, le football dans l’archipel était strictement
réservé aux Européens puis aux dits « métis ». On était bien
loin du sport « populaire » de nos jours. Mais, le sport
étant un parfait vecteur d’intégration, le foot se
démocratise rapidement et dès les années 1920 et surtout
1930, sa pratique se développe pour se répandre jusqu’au
sein des groupes nationalistes javanais et autres. Des
équipes naissent et s’affrontent mais, pour l’heure,
Indonésiens et nationalistes d’un côté et Hollandais et
collaborateurs de l’autre… On était alors aux antipodes
d’imaginer qu’un jour on verrait un match officiel opposant
les Pays-Bas en orange et l’Indonésie en rouge et blanc… sur
un terrain de jeu. Pacifique et sportif.
Du reste, on ne va pas s’attarder ici sur le football
indonésien – un jour peut-être ? – qui peine à sortir de
l’ombre d’autres nations, y compris asiatiques. Le temps –
avec un bon entraînement et beaucoup moins de corruption
dans le monde du foot à l’échelle nationale – saura modifier
cette actuelle donne plutôt navrante. On ne va pas non plus
parler de l’équipe de France qui doit encore faire ses
preuves si elle entend faire oublier une décennie perdue, où
certains de ses joueurs surpayés se reposaient sur de
confortables lauriers tandis que les autres se sont lâchés
dans le showbiz et la jet-set… Même avec une
bonne étoile de David, on ne peut pas être à la fois
Trézeguet et Guetta… Il demeure qu’en Indonésie, certains
regards sur les Bleus virent au vert – couleur non seulement
de l’islam mais aussi de l’espoir/espérance – et un joueur
comme Ribéry est extrêmement populaire, notamment dans les
villages musulmans de l’est indonésien. Le Bayern y est sans
doute aussi pour quelque chose tout comme la foi du joueur :
derrière le foot se cache souvent d’autres aspects, plus
révélateurs les uns que les autres…
|
|
 |
| |
Le foot hollandais, toujours efficace pour
galvaniser la foule de… supporters et de
villageois chrétiens moluquois ! Ici, dans
les ruelles de Kota Saparua, modeste mais
principal centre « urbain » de l’île
éponyme. |
|
|
Donc on parlera ici surtout d’une équipe au maillot orange,
celle de la Hollande, dont – assez étrangement – le destin
intéresse voire enthousiasme régulièrement les Indonésiens.
Si ces derniers s’affichent volontiers rancuniers ou
revanchards en matière de gestion de l’héritage colonial –
et on peut comprendre la persistance des rancœurs tant les
outrages des colonisateurs auront été lourds et douloureux –
pour le foot, sans doute doit-on cela également à la magie
du sport ?, la haine passée cède le pas à l’admiration
présente. Même si l’évocation des grandes figures du passé –
à commencer par J. Cruijff – restent omniprésentes aux yeux
des intoxiqués du foot les plus gravement atteints.
C’est surtout dans l’est indonésien où j’ai pu récemment
constater une passion pour ce sport jamais démentie.
Auparavant, pendant que je résidais à Sulawesi, en terre
Toraja, dans les années 1990, je me souviens aussi de la
« montée » en puissance du foot – un sport encouragé par les
autorités – et notamment de l’impact de la victoire de la
France à la Coupe du Monde de football en 1998. Ainsi,
durant l’été et l’automne 1998, le bupati (« préfet »
local) de Tana Toraja (« pays Toraja ») m’a savamment
expliqué que « développer le football est une priorité
car c’est un sport, à la fois joyeux pour tous et parfait
pour la compétition, et surtout qui soude notre esprit et
notre communauté. Il unit plutôt que désunit, c’est sa force
par rapport au badminton pour lequel les Indonésiens sont
particulièrement doués ». Du coup, en pays Toraja, de
plus en plus de terrains de football ont rapidement vu le
jour, et les écoliers – et bien sûr les écolières – sans
forcément enfiler des chaussures à crampons (un « produit »
alors inexistant) ont commencé « collectivement » à
s’éprendre du foot… Une atmosphère de jeu souvent très
conviviale et parfois un peu étrange. Car, comme me le
disait encore le bupati, « pendant que les jeunes
jouent au foot, et ben ils ne font pas de bêtises, et ça
aussi c’est absolument essentiel ! ». C’est sûr. En
jouant à la balle, c’est aussi le cerveau qu’on place en
mode diesel, ce qui en cette période de troubles – du
printemps à l’automne 1998 notamment – permet d’apaiser et
de mieux contrôler une jeunesse au bout du rouleau. Courir
après un ballon empêche pour un moment de trop penser,
évitant également de manifester dans la rue ou de protester
sur le net, puisqu’on est occupé sur un terrain. Un
terrain » politiquement » neutre, forcément. Officiellement
du moins.
|
|
 |
| |
Jeunes Ambonais, adeptes du ballon rond,
avec le maillot du Brésilien Kaka sur le
dos, car pour une valeur sûre en voilà
résolument une, le foot venant du Brésil
fait partout rêver… |
|
|
Il est vrai que cet été de victoire éblouissante des Bleus
est survenu juste après un joli mais chaud « printemps
indonésien », où tout l’archipel a vacillé, et qui a été
consacré par la démission et le retrait définitif du pouvoir
de l’autoritaire Suharto. Foot et politique ont toujours
été liés, c’est évident et guère indispensable d’en
détailler les événements marquants à ce sujet : du Dr
Socrates le Brésilien qui dribblait ses adversaires avec ses
gants noirs pour marquer son refus de la dictature dans son
pays ou du boycott avorté du Mundial en Argentine en 1978 en
pleine dictature de Videla… jusqu’aux actuelles polémiques
de l’Euro 2012 en Ukraine, pays « ami » sous la botte d’un
satrape qui emprisonne sa principale opposante et rivale !
Mais si notamment les dictatures sud-américaines ont su bon
gré mal gré utiliser le football à leurs tristes fins,
l’Indonésie, dans une moindre mesure, a également saisi tout
l’intérêt de développer – surtout dans les écoles – la
pratique de ce sport. Un loisir qui peut aussi bien élargir
l’horizon et solliciter de belles rencontres – sportives ou
humaines – que procéder d’un jeu pervers qui permet à
certains êtres politiques mal intentionnés de mettre leurs
ouailles dans les stades plutôt que dans les universités :
et donc à taper dans le ballon plutôt qu’à réfléchir avec sa
tête. A l’été 1998, un ami Toraja m’avait dit « une tête
ça sert d’abord à marquer des buts ». Certes, Zidane, à
cette époque du moins, n’aurait guère pu le désavouer.
|
|
 |
| |
A coté de l’orange des Hollandais et du
jaune des Brésiliens, deux autres valeurs
sûres qu’on retrouve sur tous les terrains
de l’archipel, le maillot des Bleus et celui
du Barça. Pour ce dernier, ici fièrement
porté par un garçon de Haria, la petite cité
portuaire de l’île de Saparua, dans
l’archipel des Lease, dans les Moluques, on
voit que le Qatar ne perd ni le nord ni le
sud dans cette affaire-là. Quant au garçon
armé qui nous met en joue, et bien il semble
qu’il
fallait aller jusqu’au village de Sawai,
dans une jolie baie isolée au nord de l’île
de Seram, grande île oubliée, également dans
l’archipel des Moluques, pour constater « de
visu » que l’attaque française –
footballistiquement parlant – est toujours
menaçante. Pour tous ceux qui avaient des
doutes… |
|
|
Plus récemment, la Coupe du Monde de football de 2010 va
démontrer, 60 ans après un temps de « crise aigüe » avec
l’ancien colonisateur, et puisque les Hollandais sont
clairement réapparus sur le devant de la scène
internationale footballistique, que les Indonésiens peuvent
s’afficher comme de fervents supporters de l’équipe orange.
Il est vrai aussi, qu’en regardant les matches du Mundial,
on entend souvent un « ah si notre équipe nationale
n’était pas aussi nulle, on n’aurait pas besoin d’encourager
les Hollandais, mais voilà on fait avec ce qu’on a »…
Parole assez typique de supporter « par défaut », en général
des Indonésiens musulmans qui rêvent d’une équipe nationale
digne de ce nom… C’est donc partant résignés que certains
s’engagent dans la bataille de soutien, plus officieux
qu’officiel, nationalisme tout de même oblige. Pour les
Indonésiens chrétiens, certes minoritaires dans l’archipel,
l’adhésion est plus franche, voire « de cœur ». Mais il est
intéressant de relever que lorsque les choses deviennent
sérieuses (c’est-à-dire lorsque la Hollande risque vraiment
de gagner le « tournoi ») alors, soudain, c’est l’union
nationale en Indonésie, et tout le monde soutient d’une même
voix la Hollande… La folie du foot est capable,
momentanément seulement, de mettre en veilleuse tous les
différends, toutes les haines… Dommage que cela ne dure pas.
|
|
 |
| |
Dans les villages chrétiens de Nolloth et de
Itawaka, au nord de la modeste île
moluquoise de Saparua, on se croirait
volontiers en Hollande, les polders en moins
mais le climat tropical en plus… |
|
|
C’est donc en effet en 2010, soit tout de même six décennies
après les accords dits de la Table Ronde, scellant enfin le
destin indépendant de la République indonésienne, que la
Hollande s’offre un fulgurant « come-back » sur la
scène indonésienne. Le « mentor » néerlandais est de retour
dans l’archipel sans que cela n’émeuve plus guère les
Indonésiens désormais habitués à être indépendants. Même si
cela n’est pas facile tous les jours. Cette réapparition de
l’ancienne puissance coloniale ne s’est pas réalisée par des
coups de feu ou de canon mais par des tirs au but. Fortement
expédiés, ils n’en sont pas moins des tirs-canons modernes.
Cette Coupe du Monde de football 2010 laisse des traces
dans l’archipel, surtout dans sa partie orientale : des
drapeaux néerlandais, des fanions ou maillots orange,
flottent ou se portent dans les cités comme dans les
villages jusqu’aux plus reculés.
Notons cependant que le soutien, voire le total ralliement
sportif, à la « Tim Oranye », comme on l’appelle dans
tout l’archipel, s’est fait progressivement, l’engouement ne
se manifestant qu’au fil des victoires et des exploits de
certains joueurs qui « parlent » tout spécialement aux
Indonésiens. Car prendre « faits et causes » en faveur de la
Hollande n’est pas chose aisée pour tout le monde : normal,
on n’efface pas d’un simple trait ou d’un tir au but bien
placé, trois siècles et demi de domination et
d’asservissement… Pour certains, ce ralliement est donc
tardif, contextuel même, puisque leurs équipes phares ont
été éliminées, par exemple le Brésil ou l’Espagne… Mais, le
foot pouvant tout changer, ce que la politique ne peut pas
toujours, l’évolution du Mundial 2010 va susciter un soutien
« crescendo », de plus en plus net et massif, en
faveur de la Hollande. Même des ministres et le chef de la
police nationale de l’époque ont ouvertement soutenu
l’équipe des Pays-Bas, jusqu’au polémique Jusuf Kalla et au
président SBY, ce qui prouve au moins que la période
coloniale est bien terminée et celle de la réconciliation
carrément bien engagée !
L’équipe néerlandaise n’en attendait sans doute pas autant.
Pour justifier leur soutien sportif, certains Indonésiens –
y compris SBY de manière un peu timide – sont allés jusqu’à
souligner les liens historiques et familiaux qui lient
depuis belle lurette les deux nations…
Fauzi Bowo,
alors gouverneur de Jakarta, en a rajouté une couche en
précisant que le maillot orange de Persija (une équipe de
foot « prestigieuse » de Jakarta) ressemblait drôlement à
celui de l’équipe hollandaise…
Mais c’est logiquement dans l’est du pays que le soutien
populaire a été le plus net. Trop net pour certains : la
résistance a dû s’organiser et contre-attaquer en quelque
sorte. Ainsi, le
maire de Gorontalo (sur l’île
de Sulawesi), tancé par autant d’audace de la part des
habitants farouches supporters, a
ordonné de baisser tous les drapeaux « étrangers » (la
plupart évidemment néerlandais) qui flottaient
« dangereusement » sur la ville. La nation indonésienne
n’était pas en péril mais le danger devenait menaçant !
Toujours à Sulawesi, la fièvre a même mené au drame : un
fervent supporter est mort électrocuté après avoir grimpé
sur un poteau électrique pour y apposer le drapeau
néerlandais à l’issue de la victoire contre le Brésil ! Le
foot est un sport dangereux, surtout pour les supporters,
qu’ils soient traqués par les hooligans ou happés par le
vide ou le délire. Le soutien pour les Bataves a donc sans
conteste été le plus fort au nord de Sulawesi et dans
l’archipel des Moluques, de Ternate jusqu’aux îles Banda.
Partout, des murs et des graffitis aux couleurs tricolores
ou orange de la Tim Oranye. Mais aussi de l’Ajax
Amsterdam ou d’autres équipes hollandaises. Les Moluquois
sont certainement les plus enflammés des supporters puisque
l’équipe nationale hollandaise ne compte pas moins de cinq
joueurs d’origine moluquoise, ce qui est absolument
considérable. Le plus connu d’entre eux est Giovanni van
Bronckhorst, capitaine de la Tim Oranye…
Dans un tel contexte « jovial », comment ne pas comprendre
les Moluquois – et d’abord les Ambonais chrétiens –
lorsqu’ils paradent à chaque victoire hollandaise ? Des
parades qui ne sont pas appréciées par tous, notamment les
musulmans du même archipel, qui parfois reprochent à ces
supporters en orange de comploter contre eux, avec le
soutien (en retour ?) des anciens colonisateurs… Juste après
la finale de la Coupe de 2010, un marché d’Ambon a été mis à
sac : œuvre commune de supporters et contre-supporters, tous
unis dans une même colère et détestation ? La question qui
demeure, y compris deux ans après le Mundial et au moment où
se déroule l’Euro 2012, est : le détour « ludique » par le
sport ne pourrait-il pas empêcher le recours « tragique » au
clivage religieux ?
|
|
| |
Joueur de la sélection nationale
hollandaise, d’origine moluquoise, Giovanni
van Bronckhorst est une fierté régionale
dans toutes les Moluques, particulièrement
pour les habitants de confession chrétienne
(source : Internet). |
|
|
Sur un plan plus national, sport très populaire en Indonésie
– même si à Bali, par exemple, le volley-ball le surpasse
largement – le football grignote ses parts de marché,
doucement mais sûrement : un peu partout, et cela depuis
déjà une quinzaine d’années, des entraîneurs brésiliens,
camerounais, etc., souvent d’anciens joueurs de l’équipe
nationale souhaitant vivre autrement du foot et sous
d’autres tropiques, offrent leurs services à des équipes
aussi diverses qu’éloignées du « centre » javanais : à
Sulawesi, à Kalimantan… Une jeune retraite dorée à défaut de
ballon d’or dans les bagages ? Sans doute. Toujours est-il
qu’en dépit de ces efforts, et de ces apports extérieurs (en
joueurs comme en entraîneurs), le football national
indonésien ne décolle pas. « Patience » disent les
plus experts en matière de ballon rond. En attendant, les
Indonésiens se régalent des matches à la télé où des chaînes
câblées ou mêmes nationales diffusent sans compter, jour et
nuit, des rencontres avec le Barça ou le Real, Chelsea ou
Arsenal, et parfois même le PSG ou l’OM… Les yeux rivés sur
l’écran, cela permet de patienter. Tout comme les sites
internet, la presse sportive… et les paris évidemment
illégaux. Mais entre les combats de coqs et les parties de
cartes, il reste toujours un peu de place pour le foot !
Au milieu du moins de juin 2012, pendant l’Euro qui se
déroule en Ukraine, chaque match de la Hollande déplace son
quota de supporters indonésiens. Au café Sibu-Sibu à Ambon,
il est vrai très fréquenté par les habitants chrétiens de la
cité, le propriétaire propose une projection publique des
matches. Succès garanti. De quoi animer et distraire une
ville dont le quotidien est trop souvent marqué par les
seules tensions religieuses : le café reste ouvert toute la
nuit lorsque la Hollande joue, un match commençant notamment
à 3h45 du matin heure locale ! Et certains pensent que les
Indonésiens s’en foutent du foot, il faut être fou pour y
croire. La Tim Oranye a toutefois été vite
disqualifiée en début de compétition ce qui, sur le plan
moluquois, se traduit par certes un peu moins de folie
sportive mais peut-être aussi par un peu moins de victimes
en cas d’échauffourées. Bref, un mal pour un bien… Car dans
l’immédiat, ce n’est pas la folie du foot qui rend fou mais,
hélas, plutôt la folie religieuse. Taper dans un ballon
s’avère nettement moins compliqué que de vivre ensemble. Ici
comme ailleurs.
|
|
 |
| |
Un joli sourire, une belle petite balle
rouge et au fond, les restes de l’église
catholique détruite en 1999 lors des
affrontements religieux à Banda Neira,
principale île de l’archipel des Banda, dans
les Moluques. A droite, toujours dans la
même église qui a trouvé une nouvelle
fonction : terrain de football pour les
jeunes du village… |
|
|
|
|
 |
| |
Jeu serré devant la mosquée de Sawai, à
Seram, ou un jeune dribblant le soir venu,
comme ici à Ambon, avec une balle toute
rose, sur un terrain improvisé, où les
poteaux ont été remplacés par des vélos, des
Moluquois rivalisent de talent pour défaire
leurs adversaires. Et comme me le disait un
« sage » contemplant la partie en train de
se jouer : « c’est tellement mieux de
s’étriper sur un terrain qu’autrement… ».
Tout le monde comprendra. |
|
|
|
|